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Une rencontre avec des agriculteurs en mouvement

mercredi 28 juin 2017, par Jennifer Gomes

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Ce samedi 10 juin, le CMR 21 avait invité ses membres et les personnes intéressées par le thème « agriculteurs-consommateurs » à rencontrer deux exploitants agricoles de Côte d’Or engagés dans le développement d’une agriculture qui permette de dégager un revenu suffisant tout en assurant une production de qualité et en respectant la qualité de l’environnement. Cette journée initiée par la commission agricole du CMR 21 a permis le dialogue entre consommateurs urbains, périurbains ou ruraux et agriculteurs disposés à expliquer leurs démarches et leurs difficultés.

À Sacquenay, une quinzaine de personnes s’est retrouvée autour de Gérard Méot qui a expliqué la conversion en agriculture biologique de sa ferme céréalière. C’est une démarche de réflexion personnelle dans laquelle la terre est plus qu’un support matériel, qui l’a amené à ce choix. Il a su adapter ses pratiques et ses installations (en particulier le triage) afin de commercialiser une grande partie de ses produits. Il a su aussi fédérer autour de lui un commerce local, et, avec la création d’une boulangerie, ce sont dix personnes qui vivent aujourd’hui de l’activité de cette ferme.

Une visite des champs a permis de se rendre compte de la maitrise des mauvaises herbes et des récoltes prometteuses pour cette année. Gérard Méot a rappelé que les récoltes des trois dernières années avaient été médiocres à cause des printemps froids qui ne permettent pas la minéralisation précoce de l’azote. Un problème dans nos régions, qu’il essaie de compenser par une coopération avec un éleveur de moutons. Celui-ci met son troupeau en parc sur les parcelles cultivées pendant les mois d’hiver pour permettre un apport de matières organiques azotées utiles aux céréales.

À Marey, Didier Redoutet a présenté aux quatorze visiteurs sa démarche de développement d’une agriculture de conservation des sols. Une réflexion sur les évolutions inverses de ses coûts de production et de sa rémunération d’agriculteur, les incertitudes sur sa production en lien avec l’évolution du climat, l’ont amené à s’intéresser aux essais sur le non labour des sols et à expérimenter cette technique. Didier aime rappeler l’étonnement de son père lorsqu’il a réalisé un premier semis de céréale dans un couvert végétal encore en place… et sa décision de vendre son matériel de labour pour ne pas être tenté de s’en servir à nouveau. La visite de terrain conforte ses propos : les cultures ne semblent pas moins fournies que les parcelles en système traditionnel. Les prélèvements de sols montrent le caractère grumeleux de la terre favorable à l’enracinement des plantes et à l’infiltration de l’eau. La réduction de moitié de la consommation de carburant et la limitation du parc de matériel lui permettent de réduire ses charges d’exploitation et compensent largement des rendements parfois inférieurs aux parcours classiques.

Didier Redoutet souligne d’autres aspects positifs de sa démarche. L’allongement de la rotation des cultures permet une meilleure maîtrise des parasites et une réduction de l’usage des produits phytosanitaires. La biomasse recyclée en surface assure un meilleur entretien du stock organique du sol, et par là, l’abondance observée de la population de vers de terre. Un bémol cependant que Didier Redoutet n’esquive pas : l’emploi de glyphosate, destiné à contrôler les repousses de certaines mauvaises herbes et permettre à la culture suivante de s’imposer. Il est conscient des problèmes posés par ce désherbant dont l’usage est contesté. Il souligne toutefois son utilisation à dose fortement réduite et continue à rechercher une alternative gérable.

Les deux groupes se sont retrouvés ensuite pour un repas partagé et un temps d’échange et de bilan sur les deux visites. Les visiteurs ont retenu les démarches parallèles des deux exploitants. Deux structures qui reposent sur un mode de fonctionnement dans lequel l’agriculteur dispose d’un réel pouvoir de décision. Ils ont obtenu des éléments de réponse sur les préoccupations des deux agriculteurs pour la qualité de leurs produits, sur leur attachement à leur environnement et à la préservation de la qualité de leurs terres, sur les difficultés auxquelles ils sont confrontés. Tous ont perçu leur investissement personnel dans la recherche de modes de production répondant à des critères exigeants au plan économique, social et environnemental. Avec le sentiment que pour ces agriculteurs confrontés à une crise de l’agriculture qui dure, il existe des avancées porteuses de sens et d’avenir.

Cette journée a permis aussi d’attirer des participants d’un département voisin et des membres de l’association « Terre de Lien » dont on connaît l’investissement dans l’accès au foncier agricole. Une forme d’invitation à poursuivre le dialogue engagé.


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