Accueil


Accueil > Outils > Autres documents > Congrès 2005 > Congrès 2005 : Le devoir d’espérer

Congrès 2005 : Le devoir d’espérer

Texte de Jean-Yves Baziou

mardi 17 mai 2005

Il faudrait avoir des pastels plein les doigts pour rendre les multiples couleurs d’un CMR aussi bariolé : il y a ici tant de charismes, tant de dons étonnants. Parmi tant de voix, de paroles et de silences, voici ce que j’ai cru entendre.

1 - Vous êtes de ceux et celles qui regardent le monde, les sociétés, les individus du côté où on peut vivre, du côté de nos possibles. Nous aurons toujours assez de raisons pour nous effrayer de la dureté, de la méchanceté et de la médiocrité dont notre petit cœur d’homme ou de femme est capable. Mais il n’y aura jamais personne en trop pour nous émerveiller de la force d’imagination et d’initiative qui peuvent jaillir de notre raison, de notre âme et de notre corps. Capables de petitesse, nous sommes aussi capables de grandeur au point de venir tutoyer Dieu. Réconciliez tout être humain avec sa fierté et confrontez le avec Dieu sur ses points les plus forts et non pas sur son côté minable.

Vous avez rappelé à mon souvenir la mémoire de cet homme Jésus qui avait traversé la mer, la vie, la mort en jetant au vent des paroles d’espérance. Depuis, la mort s’essouffle sur la vie. Vous m’avez murmuré et chanté que sa présence ressuscite dans la plus noble, la plus quotidienne et la plus universelle des insurrections, celle de la générosité, de l’espérance et de l’intelligence. Soyez si vous le pouvez des insurgés de la bonté. Au moment des malheurs, ce sont ceux-là, les saints, qui nous ont souvent permis d’en sortir en demeurant humain en ce qui pourtant nous abîme. Certains vous prennent pour des fous car ils mettent leur cœur dans la puissance agressive. Et vous vous prétendez les plus réalistes des hommes et des femmes car, face aux forces de mort, il n’y a qu’une autre force capable de résister, celle de la sollicitude aimable, amicale ou amoureuse.

2 - Je vous ai entendu osciller entre deux projets. L’un est celui de l’alternative, de la résistance à un ordre social, voire mondial, injuste, livré à l’instrumentalisation du marché. Il s’agirait d’inscrire dans le monde des recommencements, des inaugurations. Comme s’il fallait savoir rompre, entrer en dissidence, faire de l’autre. Derrière un art de la critique, du contre-pouvoir ou du contre-poids, vous avez la volonté de montrer que nous pouvons habiter la terre d’une autre manière. Par là, vous m’avez redit que, où que soit un homme, il n’est jamais tout à fait là où il est posé sur ses pieds. Si je pouvais suivre votre âme en ce moment, elle me porterait vers vos rêves. Et je verrais des collines fertiles, des soleils, des fontaines, des rires, des fêtes, des danses et des tendresses, Nous ne cessons d’être des marcheurs à la recherche d’une demeure où nous serons bien. Je repars un peu plus réconcilié avec mon devoir d’homme qui est d’espérer.

L’autre projet est celui de l’alliance, de l’échange ou, comme vous dites souvent, du lien et de la relation. De nouvelles alliances se cherchent. Alliance les uns avec les autres : ne pas voir l’autre, l’étranger, le différent comme une menace, mais comme une grâce, une chance de mûrissement de soi. Culture de la conversation. Culture d’un art de vivre ensemble égaux et différents. CMR, voie vers autrui ? Autre alliance qui se cherche, celle de l’humain avec sa Terre, la cosmos, la matière. Car, si tout nous est donné, rien n’est à gaspiller. CMR, voie vers une nature féconde parce que bien portante ? Il y a encore l’alliance de soi avec soi-même : entrer en soi, prendre la route de l’intime pour mieux se connaître, vivre en harmonie, découvrir des richesse et des potentialités insoupçonnées. Il y a de l’autre en nous que nous ne savons pas encore. CMR, voie vers la profondeur ? Enfin se cherche une alliance avec le Tout-Autre : il y a du plus grand que nous qui nous oriente et ouvre notre présent sur un futur. Pour beaucoup ici, ce plus grand est Dieu. Certains lui donnent un autre nom. Pour tous, c’est ce que nous prenons au sérieux sans aucune réserve. Ce plus haut nous conduit vers le plus bas, ce qui est faible et fragile. La puissance de Dieu est la capacité d’avoir un faible pour nos faiblesses. CMR, voie vers Dieu différent nous entraînant vers le frère différent ? Derrière ce projet de l’alliance, c’est peut-être un art de vivre en société qui est promu. Il met au centre la civilité, une culture de la relation, valorisant la capacité de fédérer les individus et les groupes.

Je repars en réconciliant la dimension de la lutte ou du combat avec ce qui la précède et la dépasse : la reconnaissance mutuelle. Cela se nomme d’un autre mot : la fraternité. Avant et après avoir été des adversaires, nous sommes des partenaires responsables de la même société et de la même Terre

Pour conclure

La parole qui m’a accueilli au pied de cette estrade est aussi celle que j’emporte : « chantier ouvert à tout public ». Tout public ! Elle dit votre lieu : entre individu et grandes organisations publiques, il y a place pour des groupes intermédiaires où, en se réunissant sur un intérêt commun, des citoyens se donnent les moyens d’avoir du pouvoir sur leur environnement social et naturel le plus proche. Elle dit une vieille conviction chrétienne : tout le monde, quels que soient sa condition, son statut, son âge, peut apporter sa pierre à la maison commune. Je vous souhaite de réconcilier chacun et chacune avec le courage et la force d’apporter sa pierre à une humanité encore dans l’enfantement. En effet, il y a mille et mille matins qui nous attendent, il y a mille et mille enfants qui ne sont pas encore nés, il y a mille et mille chemins qui n’ont pas encore été foulés. Je vous souhaite de marcher loin, longtemps, et bien, dans l’ouvert, dans l’espoir.

Jean-Yves Baziou


Chrétiens dans le Monde Rural - 9 rue du Général LECLERC - 91230 MONTGERON - Tél : 01.69.73.25.25 - Mentions légales | Suivre la vie du site RSS 2.0