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Le développement durable, une quête de réconciliations

mardi 1er août 2006

« Le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire les leurs. »
Commission des Nations Unies sur l’Environnement et le Développement (1987)

Aborder la question du développement durable à travers les quatre axes des orientations du CMR met en évidence la nécessité de réconcilier nos projets de vie, de territoire, et de société.

Un texte de Xavier Guiomar en 3 partie : se réconcilier avec le partage, se réconcilier avec le politique, se réconcilier avec le vivant

Se réconcilier avec le partage

La chance d’être en équipe, c’est d’abord de cultiver une culture du partage. Le partage régulier de la parole et des faits de vie n’est pas sans influence sur notre capacité à partager nos richesses matérielles. Et qu’il y a-t-il de plus difficile, partager en équipe ses doutes, ses projets, ses rêves et ses questions, ou mutualiser une voiture, des achats alimentaires ou une connexion internet ? En ce début de XXI ème siècle, où plus personne en France ne peut dire qu’il n’est pas au courant de la crise écologique directement liée à nos modes de vie (les Français consomment en moyenne 3 fois les ressources mondiales disponibles par habitant et produisent en moyenne 3 fois plus de CO² que la planète n’est capable d’en absorber par habitant), les appels à des pratiques plus fraternelles résonnent comme un simple appel du bon sens. Oui, la recherche d’un développement durable et donc d’une moindre consommation globale passe par de nouvelles formes de fraternité. L’appel citoyen du réseau « Voisins et Citoyens Méditerranée » constate ainsi que « se réinvente aujourd’hui une économie populaire qui a prouvé son efficacité dans les temps difficiles de notre histoire, notamment après la guerre de 40 dans des mouvements comme les castors, les coopératives d’alimentation, le tourisme familial... ». Face à la notion de limite à laquelle nous renvoie nos modes de consommation, nous sommes bien dans l’invitation de Justice et Paix à découvrir les promesses du partage, en renonçant à être seuls propriétaires ou utilisateurs des biens dont nous jugeons avoir besoin, en mutualisant des déplacements, quitte à ne pas assouvir toutes nos envies tout de suite. Partager c’est accepter une dépendance sociale, c’est aussi réduire d’autres dépendances.

Se réconcilier avec le politique

La chance d’être en mouvement c’est aussi celle de cultiver une parole collective, qui traverse les territoires, les générations et les catégories sociales. Une parole qui doit toucher les personnes en situation de décision et de régulation. Car on ne peut se satisfaire de réparer ce que détruit un système en matière sociale, environnementale et économique. Un mouvement d’éducation populaire doit avoir à cœur de réhabiliter la démocratie, ce processus de maîtrise et d’orientation de l’activité collective. Jean-Claude Guillebaud rappelait au Congrès du CMR : « Si le citoyen n’a plus cette croyance qu’il construit l’avenir, la démocratie n’a pas de sens. On revient alors à l’idée pré-chrétienne de destin, de tragédie grecque ». Refuser la tragédie entraîne nécessairement une reconquête de la raison sur l’économique, de la sagesse collective, concertée et confrontée sur l’expression des intérêts particuliers et à court terme. Rome l’exprime ainsi : « Celles-ci [les structures]sont l’ensemble des institutions et des pratiques que les hommes trouvent déjà existantes ou créent, au plan national et international, et qui orientent ou organisent la vie économique, sociale ou politique. En soi nécessaires, elles tendent souvent à se figer et à se durcir en mécanismes relativement indépendants de la volonté humaine, paralysant par là ou pervertissant le développement social, et engendrant l’injustice. Cependant, elles relèvent toujours de la responsabilité de l’homme qui peut les modifier, et non d’un prétendu déterminisme de l’histoire1 ». On aurait pu rajouter la dégradation de l’environnement aux conséquences décrites de certains systèmes. Au nom de l’emploi et du développement, combien de territoires en ont sacrifié d’autres, ou se sont sacrifiés eux mêmes en abandonnant par exemple leurs côtes ou leur paysage périurbain à un étalement urbain sans projet ? Le défi d’une maîtrise démocratique du développement se joue à toutes les échelles, y compris mondiale. C’est aussi à travers nos collectifs d’associations et d’ONG (CCFD, Coordination Sud, FIMARC, RADIS2...) qu’une parole doit percer les enceintes décisionnelles, comme celles de l’Union Européenne ou de l’OMC. Ceci ne remplace cependant pas notre propre implication directe dans les collectivités locales, et dans les partis politiques : projets de territoires et projets de société ont besoin de se construire sur des convictions, et sur des pratiques et des expérimentations que nous ne sommes pas forcément nombreux à mener personnellement et collectivement, a fortiori dans une perspective de développement durable.

Se réconcilier avec le vivant

Le signe de la vie c’est un battement de cœur, un rythme régulier. On a parfois tendance à penser que plus ça bat vite plus la vie est là : un lieu vivant c’est là où l’on peut faire beaucoup de choses en peu de temps : loisirs des enfants et des parents, trajets domicile-travail, temps passé à faire les courses... Les coureurs de fond cherchent au contraire à ralentir leur rythme cardiaque ! Respecter la vie c’est souvent respecter des rythmes. C’est pourquoi modes de vie et « respect de la création » sont intimement liés : quand le travail prend toute la vie, comment prendre le temps de cuisiner, et donc d’acheter des produits frais ? Comment prendre le temps de faire découvrir la nature aux enfants et donc à soi même ? Et comment construire une maison écologique adaptée au lieu quand on voudrait qu’elle soit terminée avant de la commencer ? L’expérience des AMAP3 est en cela révélatrice. Elle repose sur une série de choix à contre-courant de la « fièvre acheteuse » et du client roi à servir tout de suite : un engagement sur le long terme entre les consommateurs et le(s) producteur(s), la détermination d’ un jour précis dans la semaine où l’on s’engage à venir chercher son panier (c’est pas « quand on veut »), des produits qu’on ne choisit pas (on a ce qui pousse là à ce moment là) et qui obligent à cuisiner des produits parfois originaux, des prix qui ne sont pas « cassés », sans promotion ni prix de gros, et aucun effort dans la présentation des produits, ni emballés, ni parfaitement lavés (et souvent bio donc un peu tordus ou fripés)....et pourtant ça progresse : on est passé de 600 à 24 000 consommateurs en France en 2 ans ! On est bien dans l’idée de « conversion » utilisée par les évêques de France en 2000 dans Le respect de la Création. Conversion à une patience, à une exigence de sens plutôt que de quantité ou d’immédiateté. Conscience, profondément biblique, que je partage avec d’autres des ressources qui leur sont vitales. Ce rapport « sage » au temps, se prolonge naturellement par un autre rapport à l’espace, lui aussi marqué par le respect : respect de cultures, d’identités et d’économies locales que des exportations massives pourraient détruire. Cette notion de souveraineté alimentaire ne vise pas à l’autarcie des territoires mais à la régulation politique des échanges afin de ne pas détruire la vie là bas pour baisser les prix chez nous (cf la campagne soja du CCFD). C’est maintenant l’ampleur dramatique du désordre écologique qui nous enseigne à quel point la cupidité et l’égoïsme, individuels et collectifs, sont contraires à l’ordre de la création, dans lequel est inscrite également l’interdépendance mutuelle (Jean-Paul II, Journée mondiale de la Paix, 1 janvier 1990).

Chercher des modes de développement durables nécessite une démarche de fraternité, de participation politique et de mise en cohérence de nos modes de vie. Jamais peut être cette cohérence de nos projets de vie n’aura été aussi déterminante pour la crédibilité de projets de société. Nos territoires sont autant de terrains pour tenter cette réconciliation entre projets personnels et collectifs qu’appelle un développement solidaire, durable.

Xavier Guiomar


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